22 juin 2023

L’Analyse de Cycle de Vie

Je suis une ACviste. Une activiste ? Non, enfin si, mais ce n’est pas le propos aujourd’hui. Bonjour, je m’appelle Kelly et je suis une ACViste, je pratique de façon régulière des Analyses de Cycle de Vie.

Analyse de Cycle de Vie, la définition

L’Analyse de Cycle de Vie est un outil de quantification de l’impact sur l’environnement généré par un système – bien ou service (que l’on nommera “produit” par la suite afin qu’il regroupe les deux) – basé sur une méthode normée, celle de l’ISO 14044. Et, comme chacun le sait, on ne badine pas avec les normes ISO. Ces impacts sont donc quantifiés sur un certains nombres d’indicateurs allant des émissions de gaz à effet de serre à l’utilisation nette en eau ou encore l’utilisation de ressources naturelles : métaux et minéraux, fossiles. Ces indicateurs seront détaillés plus tard.

Une ACV consiste à faire l’inventaire des matériaux et procédés nécessaires à un produit tout au long de son cycle de vie. C’est ce que les ACVistes (personnes qui se prennent de passion pour la norme ISO 14044, les tableurs Excel en général et qui pratiquent de façon régulière ce fastidieux travail de fourmis) appellent “du berceau au tombeau”.


On identifie 4 grandes phases de vie qui, selon le produit que l’on va analyser, peuvent se diviser en sous-parties :

Le mieux lorsque l’on explique quelque chose qui peut paraître compliqué, c’est de prendre un exemple concret. Partons alors sur les objets avec lesquels je travaille depuis de nombreuses années, ceux qui sont connectés. Choisissons par exemple un capteur de température connecté qui sera ainsi le fil rouge de cette lecture.

  • La fabrication (manufacturing en anglais) dit le “berceau” (craddle en anglais, oui parce que l’ACViste a intérêt à bien maîtriser l’anglais s’il veut se plonger avec délice dans les bases de données). Cette étape comprend l’extraction de toutes les matières premières ainsi que leur transport jusqu’à l’usine et les procédés de fabrication.

Dans l’exemple qui nous intéresse nous allons donc considérer toutes les matières premières des composants, leur transport ainsi que les procédés de fabrication du capteur.

  • La distribution dit la “porte” (gate en anglais). Cette étape est souvent associée au transport du produit fini vers le lieu où il sera distribué, puis utilisé. Vous entendrez peut-être l’expression Craddle-to-Gate. Cela sous-entend que l’on va étudier tous les flux nécessaires à la fabrication du produit et son transport jusqu’à ce qu’il soit arrivé sur une plateforme de distribution. Dans notre exemple le capteur sera assemblé en France et distribué à travers tout le pays.

C’est dans cette étape que l’on pourrait également modéliser l’installation du capteur sur site.

  • L’utilisation (use en anglais) va consister à quantifier toute l’énergie ou les consommables qui peuvent être nécessaire à l’utilisation.

Si on poursuit avec mon capteur de température connecté, cela concernera l’électricité qui permet de le faire fonctionner si celui-ci est sur secteur, mais aussi son entretien ou sa maintenance.

  • La fin de vie (end-of-life en anglais) dit le “tombeau” (the grave en anglais). Cette étape comprend les procédés de collecte, de recyclage et de revalorisation des éléments qui composent le produit. Nous devrons répondre à toutes ces questions :

où dois-je déposer mon produit ?

qu’est-ce qui peut-être recyclé ou revalorisé ?

qu’est-ce qui sera enfoui ou incinéré ?

L’expression du berceau au tombeau (from craddle to grave) représente donc le cycle de la vie.

À quoi sert une ACV ?

Après une description de ce qu’est le Cycle de Vie, attardons-nous maintenant sur le “A” de Analyse. L’ACV est aujourd’hui la méthode la plus exhaustive lorsque l’on a la volonté de faire le bilan environnemental d’un système. C’est en effet un outil d’aide à la décision qui permet de mieux connaitre son produit, son impact et prendre des décisions en connaissance de cause. Une ACV permet de répondre aux objectifs suivants :

  • se lancer dans une démarche d’éco-conception. Un produit ne peut être éco-conçu que si l’on a conscience de son impact.
  • faire des choix stratégiques. L’ACV permet de comparer des options (de fournisseurs, de produits, de procédés) et d’éviter tout transfert d’impact puisque c’est l’ensemble du cycle de vie qui est étudié sur plusieurs dimensions ou indicateurs. Cela permet également d’identifier les points chauds et les dépendances à certains matériaux qui, en raison d’un contexte géopolitique particulier, peuvent devenir plus difficiles à se procurer.
  • afficher un score environnemental. À mon avis l’entreprise Yuka est responsable du regain d’intérêt des français pour le scoring en général… Et c’est une bonne chose en soi ! Cela permet de consommer de façon plus raisonnée et raisonnable. Si vous souhaitez être écolabellisé, ou obtenir votre  PEP ecopassport, vous n’avez pas d’autre choix que de faire une ACV.
  • gagner des contrats (certes de manière indirecte mais quand même !). Je m’explique. Se lancer dans une démarche ACV et communiquer sur le résultat est le signe d’une politique de Responsabilité Sociétale des Entreprises sérieuse. Et si vous ne souhaitez pas tomber dans le greenwashing (très tendance en ce moment), le mieux est encore de faire l’exercice. Même si je risque de passer pour une “khmer vert”, je pense qu’il en va de la responsabilité de chacun de faire un point sur son empreinte carbone (et c’est la même chose pour les entreprises !).

Comment faire une ACV ?

Il y a 4 grandes étapes à respecter pour faire une ACV.

Ce que nous dit la norme ISO 14040

1. Objectif et périmètre

Il est nécessaire de commencer par définir les objectifs et le périmètre de l’étude. Cette étape est essentielle pour bien délimiter le projet et avoir une estimation du temps à passer. Oui parce que réaliser une ACV, c’est un peu comme jouer à Jumanji :warning: : tu tombes dans les bases de données et le temps passé dedans ne s’écoule pas de la même façon que dans la réalité.


L’idéal est de définir à qui s’adresse cette ACV et à quoi vont servir les résultats de cette étude :

  • en interne pour de l’éco-conception. Dans ce cas-là, une revue critique par des pairs (le gang des ACVistes) n’est pas nécessaire ;
  • communication externe pour de l’affichage environnemental. Dans ce cas-là, une revue critique par un ACViste indépendant (ou un panel d’ACVistes) est fortement recommandée, et d’usage. Il fera ainsi une revue critique des hypothèses des calculs et de l’interprétation des résultats.

Ensuite, nous allons déterminer les frontières de l’étude ou le scope à étudier, la qualité et la sources des données étudiées et les hypothèses générales à prendre lorsque les données ne sont pas accessibles ou mesurables facilement.

C’est à ce moment-là que l’on définit l’Unité Fonctionnelle (UF) de l’ACV. C’est la performance quantifiée d’un système, destinée à être utilisée comme unité de référence dans une analyse du cycle de vie. Cette unité fonctionnelle va permettre la comparaison de produits ou de services. Car l’ACV ce n’est pas la quantification du produit, mais la quantification de l’utilisation du produit (ou l’unité de mesure utilisée pour évaluer le service rendu par le produit) selon l’ADEME, l’Agence de la transition écologique.

L’Unité Fonctionnelle doit répondre aux questions : “Quoi ? Combien ? Comment ? Combien de temps ? ». Elle est rédigée avec au moins :

  • un verbe d’action pour préciser la fonction,
  • un nom pour préciser sur quoi agit la fonction,
  • une durée de vie.

Par exemple, pour notre capteur de température connectée, l’Unité Fonctionnelle pourrait être : mesurer et télétransmettre en LTE-M des données de température pendant 6 ans.


Les questions à se poser pour bien définir son périmètre à étudier :

doit-on se limiter au capteur qui mesure et envoie ses données ?

doit-on considérer le poids de la donnée qui va transiter sur les réseaux cellulaires ?

doit-on également comptabiliser les données reçues sur le serveur applicatif ainsi que le traitement de la donnée ( calculs statistiques ) jusqu’à l’utilisateur final à qui dont destinées ces données de température.

Un jour, un groupe d’ACVistes à convenu qu’il fallait définir un certain nombre de règles à respecter pour uniformiser les études en fonction de la catégorie de produit à étudier. Les normes ISO régissent la manière dont doit être faite l’ACV en général. Les référentiels quant à eux guident les ACvistes vers une méthodologie commune pour des ensembles de produits, une sorte de check list avant de se lancer. L’ADEME fournit également un certains nombre de référentiels, également appelés Règles de Catégorie Produit ou Product Category Rules).

Voici la “bible” pour notre capteur de température : Principes généraux pour l’affichage environnemental des produits de grande consommation – La librairie ADEME

2. Inventaire du Cycle de Vie

Puis vient l’Analyse de l’inventaire avec la collecte d’informations sur les flux de matières entrants et sortants de chaque processus du produit étudié. Cette étape permet d’affiner les hypothèses et le périmètre de l’étude ainsi que les règles de coupure. On parle de « règles de coupure » parce que, dans une ACV, il est accepté d’ignorer des éléments (parce qu’ils ne sont pas pertinents pour l’objectif de l’étude ou parce que les données ne sont pas disponibles ou fiables), mais il faut être capable de justifier ce choix.

C’est l’étape la plus longue et fastidieuse de l’étude.

Exemple d’ICV (Inventaire de Cycle de Vie) pour la fabrication d’un capteur connecté.

Détail de la composition d'un produit

3. Évaluation des impacts

Chaque élément de l’inventaire de la phase précédente est traduit en impacts environnementaux . Il s’agit de farfouiller des heures durant dans des bases de données pour récupérer des facteurs d’émission. Cette étape de modélisation se fait généralement sur un logiciel d’ACV dont la liste est disponible ici : European Platform on LCA | EPLCA (europa.eu)

À l’issue de cette étape, nous connaîtrons les impacts pour chaque phase du cycle de vie et cela pour chaque indicateur.

Dans le cadre d’ACV sur des solutions numériques, nous concentrons nos analyses sur les indicateurs suivants :

  • Impact sur changement climatique et les gaz à effet de serre, qui se mesure en kilogrammes équivalents de dioxyde de carbone (kg éq. CO2). C’est l’indicateur le plus commun et celui pour lequel le grand public commence à avoir un ordre de grandeur.
  • la consommation d’énergie non renouvelable utilisée sur tout le cycle de vie, exprimée en mégajoules (MJ),
  • l’épuisement des ressources naturelles, mesuré en kilogrammes équivalents d’antimoine (kg éq. Sb)
  • L’utilisation nette en eau exprimée en m3.

Mais il existe une dizaine d’autres indicateurs. Ils sont consultables ici : Les impacts environnementaux – Ademe

4. Interprétation des résultats

Lors de cette étape, nous allons interpréter les résultats obtenus, afin de comprendre les multiples tableaux de chiffres et graphiques générés. Il est parfois nécessaire de réaliser une analyse de sensibilité pour affiner son interprétation et c’est l’occasion d’identifier les transferts d’impact potentiels ainsi que les pistes d’éco-conception.

Il est nécessaire de bien valider que les résultats obtenus répondent aux objectifs de l’étude précédemment décrits. C’est à cette étape que la robustesse des résultats se révélera, grâce l’évaluation de la qualité des données ainsi que des facteurs d’influence de ces résultats souvent illustrés par une analyse de sensibilité.

Voici quelques visuels de résultats d’ACV et d’analyse de sensibilité.

Les différents types d’ACV et de méthodes de quantification des impacts environnementaux

Vous souhaitez réaliser un calcul de vos impacts environnementaux mais vous ne savez pas quelle méthode est adaptée à votre besoin ? Comment faire une distinction entre une empreinte carbone, un bilan carbone, une ACV, une ACV simplifiée, une ACV screening… ? Rassurez-vous, nous sommes là pour vous aiguiller.

L’ADEME a publié un Guide d’aide à la sélection des méthodes d’évaluation environnementale – La librairie ADEME de 213 pages afin de répertorier une vingtaine de méthodes et vous guider dans le choix de celle qui sera la plus adaptée à votre projet.

Guide d'aide à la sélection des méthodes d'évaluation environnementale

Je vais tenter de vous faire ici un petit résumé pour que vous puissiez y voir plus clair. Le choix de la méthode utilisée dépendra de ce qui doit être étudié et de ce qui sera fait des résultats obtenus.

Est-ce que vous souhaitez étudier un produit ou un service ? une organisation ? un projet ou une action visant une comparaison avant/après ?

Qu’est-ce qui motive votre étude ? est-ce d’ordre réglementaire ? à usage interne ? Quel est le niveau de précision attendu des résultats ?

Chez Mavana, nous avons créé ce chouette arbre de décision qui vous permettra de trouver en 3 minutes l’outil de quantification environnemental le plus adapté à votre besoin. Vous voulez l’essayer ?

Quel outil est adapté à mon besoin d'évaluation ? Voici un arbre simplifié pour vous aider à décider.

L’ACV dite full ou complète est une étude scientifique qui prendra de longs mois de recherche et concentrera ses efforts sur l’obtention de données primaires en vue d’une publication officielle des résultats pour de l’affichage environnemental.

Une ACV simplifiée respectera les mêmes normes et méthodologie qu’une ACV complète. Cependant, elle pourra se contenter d’utiliser des données dites secondaires, issues de différentes bases de données. En fonction de l’objectif de l’étude, l’ACV simplifiée pourra se concentrer sur une phase du cycle de vie en particulier ou encore sur certains indicateurs qui sont plus pertinents pour le système étudié.

Le mieux quand on a un doute, c’est de demander l’avis d’un expert sur le sujet, ça tombe bien notre équipe se tient à votre disposition pour un entretien gratuit d’une heure afin de mieux cerner votre projet.

N’hésitez pas à prendre rendez-vous avec nos équipes si vous avez la moindre question. Nous serons ravis de vous répondre.

Et si vous souhaitez en savoir plus sur les subventions existantes pour financer votre projet d’écoconception d’un produit ou d’un service, nous vous invitons à lire cet article :


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