25 mai 2026

Le dérèglement climatique est plus qu’un sujet « environnemental » 

C’est un sujet d’organisation des territoires, de continuité des services publics… et parfois même de maintien de nos modes de vie au quotidien. 

Parce qu’au fond, derrière les grandes courbes et cartes de projection que nous vous partageons parfois, il y a des questions très concrètes : 

  • Comment assurer l’accès à l’eau lors d’épisodes de sécheresse prolongée ? 
  • Comment maintenir l’entretien et l’aménagement des espaces extérieurs quand les conditions de température ne le permettent plus ? 
  • Comment continuer le soutien social, l’administratif et tous les autres services lorsque les services numériques sont paralysés par des délestages électriques ? 
  • Comment protège-t-on les infrastructures publiques lorsque les inondations deviennent plus fréquentes ? 
  • Comment les collectivités – déjà sous tension budgétaire – peuvent-elles arbitrer entre urgence immédiate et adaptation de long terme ? 
  • Et surtout : comment embarquer les métiers, les élus, les techniciens et les citoyens dans des transformations qui dépassent largement les logiques administratives habituelles ? 

Spoiler : une présentation PowerPoint de 180 slides, seule, quand bien même intitulée « Plan stratégique climat 2050 », ça ne marche pas. 

L’adaptation ne peut plus être traitée comme un sujet annexe

Beaucoup de démarches publiques se sont jusqu’à présent concentrées sur l’atténuation : réduire les émissions, améliorer l’efficacité énergétique, développer les mobilités douces, etc. 

Ces démarches ont été menées à juste titre et continuent d’être indispensables. 

Seulement voilà : au niveau mondial, la réduction des émissions de gaz à effet de serre n’a pas été assez rapide, et le coup est déjà parti. Désormais une autre réalité s’impose (qui aurait pu le prédire ?…) : même si nous réduisions magiquement toutes nos émissions demain matin, une partie des impacts climatiques est déjà là. Et ce n’est pas prêt de s’arrêter. 

Les territoires doivent donc apprendre à fonctionner dans un contexte où : 

  • les canicules deviennent structurelles, 
  • les sécheresses se prolongent, 
  • les incendies gagnent des territoires auparavant épargnés, 
  • les épisodes orageux méditerranéens deviennent plus violents, 
  • les infrastructures publiques sont soumises à des contraintes inédites. 

Autrement dit : il ne s’agit plus seulement de « transition écologique ». Il s’agit de robustesse territoriale. 

Et cela, me semble-t-il, change profondément la manière d’aborder les politiques publiques.

Le principal défi n’est pas technique. Il est collectif.

Des réponses existent déjà. 

Les chercheurs travaillent depuis des années sur ces sujets. Les opérateurs publics accumulent des retours d’expérience. Les collectivités innovent. Les entreprises développent des outils. Les agences publiques produisent des données. 

Le problème, donc, n’est pas une absence totale de « solutions ». C’est plutôt que les connaissances restent souvent éparpillées, et que la réorganisation pourtant nécessaire de nos activités peine à se faire de manière systémique. 

Pourquoi ? Quelques pistes, sans prétendre à l’exhaustivité : 

  • Les personnes élues et les experts techniques ne parlent pas toujours le même langage (et n’ont d’ailleurs pas toujours les mêmes objectifs). 
  • Les directions métiers travaillent encore trop souvent en silo. 
  • Les acteurs économiques avancent chacun dans leur coin. Beaucoup visant à être « les premiers » ou « les plus performants » quand il s’agirait en fait d’avancer « ensemble ». 
  • Et les citoyens ? Ils n’acceptent bien souvent les arbitrages nécessaires qu’une fois la crise déclarée. 

La connaissance existe. Ce qui manque, c’est la coordination. Et peut-être, un peu, la volonté collective de ne pas attendre le prochain signal d’alarme. 

C’est précisément pour répondre à cette difficulté que nous avons conçu chez Mavana une démarche d’adaptation fondée sur un principe simple : 

En matière de gestion des transitions à venir, créons une culture commune du risque et de l’adaptation avant de produire une feuille de route partagée par le plus grand nombre. 

Oui, cela paraît presque évident écrit comme ça. 

Et pourtant, dans beaucoup d’organisations, il est encore question de produire des stratégies qui ne s’appuient pas sur des diagnostics réellement partagés (quand déjà ces diagnostics existent…).

Une méthodologie pensée pour les territoires et les opérateurs publics

La démarche que nous proposons repose sur quatre grandes phases complémentaires. Pas pour « faire de l’innovation territoriale » parce que c’est à la mode. Mais parce qu’un sujet systémique nécessite une approche systémique.

Construire un diagnostic partagé

C’est probablement l’étape la plus importante. 

Nous organisons des journées thématiques réunissant : 

  • scientifiques, 
  • élus, 
  • agents publics, 
  • opérateurs d’infrastructures, 
  • experts métiers, 
  • acteurs économiques. 

Chaque journée porte sur un aléa majeur : 

  • incendies, 
  • sécheresse, 
  • inondations, 
  • recul du trait de côte, 
  • ou parfois même des risques technologiques (Cybersécurité et IA, ça vous parle ?) 

Pour clarifier : il ne s’agit pas de mener une étude de vulnérabilité (il y a déjà pas mal de cabinets de conseil qui font ça) et l’objectif n’est pas de produire un colloque académique de plus. L’objectif – simple à énoncer mais moins simple à atteindre – est bien de diffuser de l’information et de créer un vrai espace d’échange pour que chaque personne reparte avec : 

  • une vision concrète des impacts, ancrée dans le territoire local, 
  • une compréhension commune des risques (parce qu’on ne peut pas avancer ensemble si on ne parle pas des mêmes réalités), 
  • Une connaissance des problématiques et contraintes de chacun, y compris quand elles se contredisent, 
  • et surtout une capacité collective à discuter des réponses possibles et adaptées au territoire visé et à ses acteurs. 

Et pour cela, nous mélangeons volontairement plusieurs formats : 

  • interventions d’experts, 
  • visites de terrain, 
  • ateliers collectifs, 
  • quiz ludo-pédagogiques, 
  • exploration de scénarios futurs. 

Parce qu’il est beaucoup plus difficile de nier un problème lorsqu’on se trouve physiquement sur un territoire déjà impacté.

Le cas concret du Labo P.O. : un territoire en avant-poste

Le Département des Pyrénées-Orientales fait aujourd’hui partie des territoires français les plus exposés aux conséquences du dérèglement climatique. 

Sécheresse historique. Tensions sur l’eau. Risque incendie élevé. Pression touristique. Fragilité agricole. Vulnérabilité littorale. 

Autrement dit : une sorte de laboratoire climatique grandeur nature. Pas exactement le label touristique le plus enthousiasmant, convenons-en. Et pourtant, le tourisme est l’une des principales sources de PIB de ce territoire). 

C’est dans ce contexte qu’a émergé le projet « Labo P.O. », initié et porté par le Conseil Département des Pyrénées-Orientales et ses services, et accompagné depuis début 2024 par Gillo Malpart. 

L’idée n’était pas simplement de produire un rapport supplémentaire destiné à prendre la poussière numérique sur un serveur institutionnel. 

L’ambition était différente : faire dialoguer les acteurs du territoire pour transformer progressivement la compréhension des risques en capacité d’action collective. 

Concrètement, cela s’est traduit par des journées thématiques où élus, experts et techniciens ont échangé ouvertement pour mener des réflexions collectives et mener un immense travail d’acculturation. 

Et le plus intéressant dans cette démarche n’est pas uniquement les belles infographies que nous avons produites (même si elles sont vraiment top !), mais plutôt ce qui s’est créé entre les acteurs : le fait de partager les problématiques de chacun, de travailler ensemble dans une époque où la polarisation des opinions rend les échanges de plus en plus compliqués. 

En bref, recréer du lien. 

Et ça, aucune infographie ne le résume vraiment. 

 

Car lorsqu’un élu, une chercheuse du CNRS, un agent territorial ou un pompier commencent réellement à partager le même diagnostic… les arbitrages changent. 

Les priorités changent. 

Et parfois même les imaginaires changent. 

Mettre les organisations en mouvement

Comprendre un problème ne garantit pas automatiquement la capacité à agir dessus. 

Une fois le diagnostic partagé construit, une autre étape devient essentielle : mettre les organisations en mouvement. 

Gillo a donc développé des formats spécifiques destinés aux cadres et directions métiers. Conférences interactives, ateliers prospectifs, scénarios métiers, et exercices collaboratifs : l’objectif est d’aider les organisations à se projeter dans les conditions réelles des prochaines décennies, pour imaginer comment parvenir à gérer la nouvelle normalité. 

Parce qu’il ne s’agira pas seulement de gérer des « crises » ou de « chocs » (« après la pluie, le beau temps »), mais une succession de phénomènes critiques qui seront la nouvelle norme (« après la sécheresse, l’incendie »). 

Alors, bien sûr, dans nos scénarios nous ne parlons pas d’un futur dystopique hollywoodien où Toulouse serait le théâtre de Mad Max sous 47°C à l’ombre toute l’année. 

Mais de situations beaucoup plus crédibles : 

  • tensions énergétiques, 
  • restrictions d’usage de l’eau, 
  • multiplication des crises simultanées, 
  • arbitrages budgétaires complexes, 
  • saturation des infrastructures, 
  • contraintes RH, 
  • fragilité des chaînes d’approvisionnement. 

Autrement dit : le quotidien des services publics… mais avec davantage de contraintes systémiques.

Adapter un territoire, ce n’est pas seulement construire des ouvrages

On associe souvent l’adaptation climatique à des infrastructures : digues, bassins de rétention, îlots de fraîcheur, réserves d’eau, etc. 

Ces sujets sont évidemment essentiels. Mais l’adaptation repose aussi sur l’organisation collective, la gouvernance, la coopération interservices et la gestion des interdépendances. 

C’est toute une culture commune du risque et la capacité à arbitrer ensemble qu’il faut pouvoir construire. 

Et cela suppose un énorme travail d’acculturation. 

C’est pourquoi nous avons jugé utile de développer des outils pédagogiques comme l’atelier « Demain nos métiers » ou le jeu « Territoires Résilients ». 

À travers ce jeu, les participants apprennent à mieux comprendre la complexité d’un territoire en devant gérer soi-même : 

  • des situations de crise, comme un incendie, 
  • des pressions sur les ressources, en particulier sur l’eau, 
  • un budget limité, 
  • et des citoyens qui jugent constamment les décisions (et les non-décisions). 

Finalement, la vraie vie d’un territoire.

Le véritable enjeu : sortir du mode réaction

Aujourd’hui, beaucoup de territoires fonctionnent encore principalement en réaction. Vous connaissez le scénario : une catastrophe survient. Une cellule de crise se met en place. Un rapport est produit. Puis l’attention retombe jusqu’au prochain événement. 

Et pourtant, il y a un fait dont on ne parle pas assez : le coût de l’inaction. 

Intégrer les enjeux climatiques dès la conception des grands projets (comme construire des logements et des écoles résistants aux canicules, développer des réseaux de transport résilients face aux intempéries, ou accompagner des filières agricoles adaptées au manque d’eau) reviendrait à long terme moins cher que de subir les coûts une fois l’événement catastrophique survenu1. 

Le hic, c’est que la prévention est précisément ce qui est le plus difficile à faire accepter politiquement. Par définition, on ne voit pas ce qu’elle évite. On ne célèbre pas la crise qui n’a pas eu lieu. 

C’est pourtant là que se joue l’essentiel. 

D’autant plus que le problème, c’est que les crises climatiques ne deviennent pas seulement plus fréquentes. Elles deviennent systémiques. 

Cela signifie qu’elles interagissent entre elles : 

  • l’eau, 
  • l’énergie, 
  • les infrastructures, 
  • la santé, 
  • le tourisme, 
  • l’agriculture, 
  • les mobilités, 
  • le numérique. 

Aucun de ces secteurs ne tient seul. Et aucun acteur, économique ou politique, ne pourra gérer cela seul. 

Alors, comment rendre collectivement un territoire plus robuste ? 

C’est la question à laquelle nous travaillons avec les territoires et opérateurs publics que nous accompagnons. Pas une adaptation théorique, mais une adaptation ancrée dans le réel, les métiers, les contraintes opérationnelles et surtout… les humains qui devront vivre avec ces transformations. 

Et pour les collectivités ou les opérateurs d’infrastructure publique qui souhaitent comprendre plus en détails la démarche, nous avons un petit dossier à vous partager pour plus de détails. 

Si ça vous inspire, contactez-nous ! 

Besoin d’aller plus loin ? 

Le jeu Territoires Résilients : https://mavana.earth/territoires-resilients/  

L’atelier « Demain, nos métiers » : https://mavana.earth/demain-nos-metiers/ 

La démarche Labo PO des Pyrénées-Orientales : https://www.ledepartement66.fr/dossier/labo-p-o/

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