12 janvier 2023

Passer à l’action – Interview de Gillo pour Radio TER

Dans le cadre de l’événement Act for Climate, en novembre 2022, Gillo Malpart, Président de Mavana a répondu à quelques questions de Radio TER. 

Le replay en format podcast se trouve ici

Si vous préférez la lecture plutôt que l’écoute, voici une version écrite, retranscrite par l’équipe de Mavana. 

Bonjour Gillo, pouvez-vous vous présenter ? 

Je suis Gillo Malpart, Président et cofondateur d’une jeune société qui s’appelle Mavana. 

En introduction, pouvez-vous nous expliquer pourquoi vous êtes aux journées Act for climate, d’où vient le déclic qui fait que vous êtes sensible à ces questions d’environnement ? 

J’ai grandi pour partie dans des zones urbaines pour l’autre partie dans la nature, pour mes vacances d’été, et puis j’ai beaucoup suivi mon papa dans ses déplacements professionnels. Nous avons vécu en Afrique et je suis né à Madagascar. J’ai toujours été sensible à la nature de manière générale. Mais le vrai déclic m’est arrivé quand je vivais en plein centre de Paris, dans le 3e arrondissement. Ma femme était enceinte à ce moment-là. J’ai vu des enfants bêcher dans 4 m2 de terre et je me suis dit que ce n’est pas ce que je souhaitais pour le mien. J’ai lentement mais sûrement enclenché une transition. C’était, il y a 7 ans. 

La transition, vous l’avez enclenchée il y a quelques années. Cela veut dire que vous êtes passé d’un point A à un point B, comme cela s’est-il passé ? 

Alors le point A… C’était une blague pour mes collègues qui me disaient que je prenais l’avion comme je prenais le café. J’avais un rôle international, je travaillais le matin avec le Japon et l’Australie, le soir avec la côte ouest des États-Unis. Et je me déplaçais beaucoup en avion depuis Toulouse et Paris vers différents pays à travers le monde. 

Cette transition s’est faite au fur et à mesure. J’ai eu un déclic quand j’ai commencé à travailler avec des grands groupes comme Schneider électriques début 2010 sur des projets d’efficacité énergétique. Je travaillais à l’époque sur un domaine qu’on appelle l’internet-des-objets et pour lequel nous équipions des industriels d’outils numériques qui permettent de faire de l’efficacité énergique. J’ai eu ce déclic en me disant qu’il existait des utilisations de cette technologie qui seraient pertinents d’un point de vue environnemental. 

Ça a pris 10 ans, mais au bout de 10 ans, j’ai co-fondé une entreprise dont le rôle est d’aider les organisations à faire de l’optimisation d’efficacité environnementale à l’aide des technologies numériques. 

Ce déclic vous a amené quand même sur un sacré projet. Parlons-en concrètement. Je vois que vous avez une jolie montre, c’est un objet connecté votre montre ? 

Tout à fait. J’ai deux montres. Une pas du tout connectée que je porte pour les grands moments et une montre connectée que je porte pour le quotidien. J’ai quelques problèmes de santé et du coup je me suis moi-même sur les rythmes cardiaques et différentes choses grâce à cet objet connecté. C’est un gadget, je l’avoue, mais que je l’ai depuis très longtemps. L’objectif de faire durer le plus longtemps possible les objets numériques. 

Pour faire une transition de votre montre à la proposition de Mavana, la technologie que vous proposez est assez simple. C’est un principe, c’est bien cela ? 

Plus qu’une technologie, ce que propose Mavana est une méthodologie. Notre offre consiste à proposer aux organisations de faire un lien entre la performance économique, la performance opérationnelle et une performance environnementale. Comment le faisons-nous ? Tout comme un expert-comptable qui réalise un bilan financier tous les ans, nous allons faire de l’expertise comptable environnementale. 

Nous aidons les entreprises à identifier leurs coûts environnementaux, leurs impacts environnementaux (internes et externes) et à les réduire, à l’aide de technologie parce que c’est là que nous sommes légitimes. Comme je l’ai dit précédemment, mes associés et moi venons du monde du numérique, de l’internet des objets. Nous sommes capables d’aider à identifier au sein des organisations publiques comme privées quels sont les points chauds environnementaux (là où il y a les plus gros impacts environnementaux) et quelles sont les solutions du marché existantes qui leur permettraient de réduire ces impacts environnementaux. Cette triple comptabilité permet de mettre en lumière différentes pistes d’actions. Et nous pouvons potentiellement aider les organisations à mettre en œuvre ces solutions numériques, si toutefois il y en a des pertinentes sur différentes dimensions. 

Prenons un exemple concret pour illustrer cela. Pouvez-vous nous parler d’une entreprise cliente que vous accompagnez ? 

L’exemple que je prends régulièrement, parce qu’il est simple à comprendre, c’est un cabinet de la mesure sanitaire qui fait des mesures de qualité de l’air et de l’eau dans les bâtiments publics. Ce cabinet envoie, dans leur scénario classique (ce qu’on appelle le scénario de référence), des ingénieurs sur des sites distants de plusieurs kilomètres, voire centaines de kilomètres, pour faire des audits qui durent 3 ou 4h de la qualité de l’air, dans les bâtiments par exemple. 

Ce cabinet souhaitait savoir s’il existait des solutions qui leur permettraient de moins se déplacer et donc de moins avoir d’émissions carbone. Cette donnée les intéressait particulièrement. Lorsque l’on est dans les services environnementaux, c’est dommage d’avoir un gros bilan carbone. Nous les avons aidés à identifier ce qu’il existe sur le marché en termes d’objets connectés pour faire de la télérelève afin d’éviter les déplacements sur certains bâtiments. D’une part, il y a cette identification de solutions potentielles et ensuite il y a la quantification de ces solutions. Un objet connecté, bien utilisé, peut être utile. Mais mal utilisé ou déployé de manière irraisonnée peut contribuer au problème plus qu’à la solution. 

Nous avons donc quantifié, dans le scénario très spécifique de ce client, là où il est pertinent d’installer des solutions. Nous avons conclu que à moins de 5 km, il vaut mieux continuer à se déplacer (idéalement en changeant son mode de déplacement pour avoir un déplacement moins carboné). Pour les bâtiments qui étaient à plus de 5 km, il y a également un dimensionnement idéal pour pouvoir installer les objets connectés, c’est-à-dire pas plus de 3 ou 4 étages parce qu’à ce moment-là trop d’objets connectés sont déployés. Nous entrons alors dans ce que l’on appelle l’effet rebond qui est délétère. 

Pour simplifier, vous faites un ratio entre le coût en gasoil et en voiture d’un côté, et le coût de la production l’objet connecté ? 

Oui, tout à fait. Dans la méthodologie, nous analysons tous les acteurs, c’est-à-dire quelles sont les parties prenantes qui sont impliquées, quelles sont les ressources qui sont utilisées. Les ressources peuvent être des sources d’énergie mais également des ressources naturelles. Ensuite un gros calcul est réalisé afin de connaître le seuil de rentabilité. Au bout de combien de temps l’objet connecté devient intéressant ? Installer un objet connecté, c’est dépenser. Rappelons que 80% de l’impact environnemental du numérique est dépensé à l’étape de fabrication des solutions numériques. 

Nous réalisons donc ce calcul de seuil de rentabilité afin de connaître la pertinence technique mais également les rentabilités environnementale et économique et puis, on n’en parle pas assez, la pertinence sociale. La nouvelle technologie influe également sur les pratiques des personnes qui travaillent et nous prennons également cela en compte dans nos analyses. 

Act for Climate se veut ancré sur le territoire. Vous êtes une entreprise qui est implantée ici, sur le territoire de l’Occitanie, vos clients se sont des grands comptes. Mais est-ce que votre solution est adaptée à toutes les tailles d’entreprise ? Et ce qu’elle est adaptée aux entreprises locales ? 

Nous nous positionnons comme un outil d’aide à la décision. Mavana ne vend pas d’objets connectés. Nous sommes là pour faire de l’analyse et pour aider les dirigeants d’entreprise ou les porteurs de projets à prendre de bonnes décisions.  

Le cabinet dont je vous parlais précédemment, c’est une petite entreprise de 23 salariés. Nous travaillons également avec des grands groupes, pharmaceutiques, aux déploiements internationaux, avec des pilotes de projets gouvernementaux à l’échelle nationale mais également à l’échelle territoriale. Nous travaillons sur le bassin toulousain avec des organisations territoriales. 

La différence fondamentale entre une PME et un grand groupe va être dans la temporalité, plus que dans la complexité parce qu’en fait c’est à peu près la même approche. Avec une PME, ce sont des temps plus courts avec un grand groupe international, ce sont des projets sur un an ou deux.  

Vous avez dû réfléchir, j’imagine, à donner plus d’impact à votre solution.  

Oui tout à fait, c’est une très bonne question.  

Aujourd’hui notre approche, cette méthodologie, nous l’abordons d’un point de vue prestation de service et conseil. Cependant, nous avons bien conscience que, pour que notre approche ait le plus d’impact possible, il va falloir que nous puissions démocratiser cette approche. Pour ce faire, nous travaillons en ce moment au développement de deux logiciels (prévus pour 2023) qui permettront aux porteurs de projet (PME ou grands groupes) d’aller eux-mêmes modéliser et décrire de manière intuitive leur organisation. Ces outils vont leur recommander les solutions comme nous le faisons aujourd’hui manuellement. 

L’outil va faire des recommandations automatiques et va quantifier l’introduction de ces nouvelles technologies dans leur organisation pour voir si c’est plus ou moins positif. 

L’idée, c’est que si je suis une PME, installée à Colomiers par exemple, et que je vous entends à la radio aujourd’hui, que je trouve l’idée intéressant, je pourrais me connecter à ce logiciel pour faire une espèce de mini diag de ma société ? 

Tout à fait oui. 

Parce qu’il y a aussi un autre enjeu, celui de la responsabilité sociétale des entreprises. Nous parlons beaucoup du climat et de l’environnement pendant ces journées en marge de la COP27. Il existe un enjeu de clivage important, entre les générations, entre les milieux, entre le rural et l’urbain. Comment Mavana peut œuvrer, dans cette dimension locale et régionale, au-delà de cet outil, pour diffuser et partager ces solutions intéressantes, même auprès des gens qui sont loin du sujet. 

J’en ai bien conscience, notamment parce que j’ai déménagé du centre-ville de Toulouse pour aller m’installer dans un village de 400 habitants dans le sud-est toulousain. Je vis au quotidien cette dichotomie entre le monde de la tech, le milieu urbain et la vie proche de la terre. 

Ce que nous faisons avec Mavana, et ce que je fais personnellement, c’est également beaucoup de sensibilisation. C’est-à-dire que nous nous déplaçons pour aller parler et être proche des citoyens. C’est de la sensibilisation qui peut être citoyenne, comme des Fresques du climat, des Fresques du numérique et des ateliers 2tonnes qui sont des outils ludiques. Lors de ces ateliers, nous explicitons certains des grands enjeux climatiques auprès des personnes qui sont moins sensibilisées que les personnes qui sont aujourd’hui à Act for Climate. 

Nous leur donnons également quelques pistes de réflexion, quelques pistes d’actions possibles. Et nous le faisons au quotidien sur le territoire. Nous sommes implantés sur différents endroits, un de mes collaborateurs est à Balma, moi je suis du côté de Villefranche-de-Lauragais. Nous nous déplaçons régulièrement pour ces actions de sensibilisation. 

Et puis, nous avons également une autre action auprès des territoires, je pense au Sicoval ou à Toulouse Métropole par exemple. Nous intervenons pour sensibiliser différents agents territoriaux pour qu’eux-mêmes puissent ensuite redistribuer les bonnes actions et bonnes pratiques. 

Vous avez dit en début d’interview que vous aviez eu un déclic en voyant le petit jardin de 4 m2 carré. Vous avez un plus grand jardin aujourd’hui ? 

J’ai un plus grand jardin aujourd’hui qui prend beaucoup de temps et qui fait qu’on a beaucoup les mains dans la terre et ça fait très plaisir. 

Finalement, entre les mains dans la terre et cette entreprise qui a de sacrés enjeux et sans doute beaucoup de choses à faire en termes d’actions, comment vous projetez vous dans les 2 prochaines années ? 

Quand nous avons créé Mavana, et je pense que c’est encore le cas aujourd’hui, nous nous projetions déjà dans les 30 ans suivants en se disant que nous voulions créer une entreprise qui ronronne. Nous ne sommes pas là pour vendre toujours plus. Nous sommes surtout là pour trouver un équilibre, je pense que c’est ça l’enjeu. 

Que ce soit dans 2 ans ou dans 30 ans, l’objectif est qu’on ait un équilibre où au quotidien on a l’impression de contribuer à quelque chose de plus grand que nous-mêmes (c’est ce qu’on essaie de faire aujourd’hui au quotidien avec Mavana). L’équilibre, nous l’avons trouvé aujourd’hui parce que nous arrivons à réorganiser un peu notre travail. Je peux passer 1h ou 2h le midi à couper du bois et à me retrouver à travailler avec mes différents collaborateurs l’après-midi, en ayant fait un rendez-vous sur Toulouse le matin. Cela dit, nous commençons à être sollicité pour des travaux à l’international. La chance est qu’aujourd’hui, nous avons moins besoin de nous déplacer qu’avant. Nous avons des outils numériques qui nous permettent de travailler avec différentes instances, aux États-Unis, au Canada ou en Belgique par exemple. Le covid a beaucoup aidé pour que ces changements de mœurs soient un introduites. 

Merci à Cécile Varin pour cette interview spontanée. 

Le lien du replay audio est ici.

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